La frustration m'avait donné des bouffées de chaleur, ne pouvant effleurer que par le fantasme ce qui semblait être notre opium commune. Intérieurement, je bouillonnais de colère de tous ces tours de passe-passe, de cette poudre aux yeux, de ces tours et détours subtils, multiples et variés qui excitaient mon cerveau et mettaient en éveil mes sens et mes pulsions les plus primaires à un point des plus développé. J'avais sous les yeux un festin des plus plantureux qui n'attendait que moi, mais qui refusait de s'offrir vulgairement. C'était peut être bien moi la prostituée. Je devais le mériter, et rien ne s'obtient sans mérite, sans souffrance du moins. Le torero agitait sous le nez de la bête que j'étais un mouchoir plein de sang, d'un rouge qui aurait fait saliver n'importe quel démon. Mes narines à l'affut du moindre mouvement qui libérerait une particule puante de désir, la salive commença à submerger ma bouche. Je devais être une enfant, avec ses grands yeux ronds ouverts à outrance, envahit par l'émerveillement d'un être qui entretenait mon hésitation et son mysticisme. On faisait devenir chèvre le taureau qu'on avait réveillé en moi. Il était inconcevable dans cette affaire que je sente le bouc mouillé, voir même humilié. J'avais fait cette erreur fatale de baisser ma garde, voulant pour un instant seulement croire que quelque chose m'appartenait sans que j'aie à me mettre à genou. Je me sentais vulnérable sous l'emprise de mes impulsions les plus folles qui traversaient mon esprit par flashs. Je m'étais laissée aller à l'enivrement de cette bestiale odeur qui me faisait pousser des ailes dans le dos et des cornes sur la tête. Captivée par l'ébène crinière de ce disciple des enfers, subjuguée par ses yeux énigmatique qui entreprenait tout pour me perdre un peu plus, j'étais fascinée. Certes par l'appétit orgiaque qu'il provoquait, mais tout autant par l'obscure lumière qui émanait de lui. La langue dégoulinante d'envie, les phalanges crispées par le manque, la perle de sueur roulant presque sur ma nuque tremblante, je ne pouvais paraître plus soumise à cette nouvelle drogue. Je me résignais donc et acceptais sans broncher d'exécuter ce que tout junkie était fatalement destiné à faire : j'entrais dans une phase de supplication, ou les mots et les gestes sont crus et désespères, vendant mon âme au diable, rapidement suivit d'une violence généreuse et sadique qui je l'espérais, et au fond me l'avouait avec délectation, aller faire céder mon bourreau.